Le « Socialisme Mutuelliste » selon un ouvrier de Belgique (1865)

Le texte qui suit est une reproduction d’un petit article paru le 24 Septembre 1865 dans le premier (et unique) numéro du journal hebdomadaire mutuelliste français La Fourmi. Cet hebdomadaire fait suite à 2 autres journaux parus avant lui, La Tribune Ouvrière et La Presse Ouvrière, successivement interdits et saisis par le gouvernement du Second Empire. Ces journaux comptaient comme rédacteurs des figures très importantes de l’Association Internationale des Travailleurs (la 1ère Internationale) en France (H. Tolain, E. Fribourg, E. Varlin, Héligon, Bourdon…), et peuvent être considérés comme une tentative de créer un organe officiel pour la section Parisienne de celle-ci. L’Internationale dans ses premières années (De 1864 à 1868) avait été très largement influencée par le mutuellisme proudhonien, dont les principaux représentants étaient les leaders ouvriers parisiens.

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Nous extrayons le passage suivant d’une lettre adressée au journal Le Nord par un ouvrier belge. Comme on le verra, c’est une exposition succincte des réclamations du prolétariat, un résumé des aspirations du socialisme moderne :

« Nous appartenons à ce socialisme mutuelliste, qui ne veut spolier ni opprimer personne ; qui ne réclame que la réciprocité, la stricte justice, aussi bien dans l’échange des garanties et des assurances contre les accidents que dans l’échange des produits et des services ; qui demande respect pour respect, engagement pour engagement, assurance pour assurance, garantie pour garantie, service pour service, crédit pour crédit, travail pour travail, produit pour produit ; qui veut que, dans toutes les transactions humaines, la balance entre ce qui est donné et ce qui est reçu soit toujours rigoureusement en équilibre ; qui veut qu’une valeur de 2 ne soit échangée que contre 2, et non contre 1 ou contre 3 ; qui aspire à voir le travailleur, maître de l’intégralité de son produit, n’échanger ce dernier que contre un autre, équivalent, de façon que le travailleur puisse au besoin racheter son produit avec le prix qu’il en a reçu ; qui veut que ceux qui produisent comme 1 ne soient plus forcés de ne consommer que comme 1/2, comme 1/4 ou comme 0, et que ceux qui produisent comme 0 n’aient plus la latitude de prélever sur le travailleur des bénéfices, des intérêts, des profits de toutes sortes qui les mettent à même de consommer comme 1, comme 10, comme 100 ; qui veut enfin que le sol, dont nul ne peut se dire le créateur, qui n’est le produit du travail d’aucun homme, mais uniquement la matière première donnée gratuitement à tous par la nature, ne soit plus la propriété de quelques individus et devienne le domaine inaliénable de l’humanité.

Vous saurez que ce socialisme mutuelliste veut arriver à l’abolition du paupérisme, et par suite à la suppression de tous les maux et de tous les crimes dont la misère et la source, non pas à coups de décrets et d’articles de lois, non pas en recourant à la puissance gouvernementale, en faisant de l’État le producteur universel, en vous obligeant (de par la loi et le gendarme) de manger tous à la même gamelle, mais en ayant recours à l’initiative individuelle et à l’association libre et volontaire. Vous saurez que ce socialisme, pour résoudre le problème du prolétariat, fait appel, non pas à la violence et à la force, mais au raisonnement et à la science. Vous saurez enfin, que ce socialisme, loin d’être une doctrine de vol et de spoliation comme on le dit, est la vraie science du doit et de l’avoir, une sorte de comptabilité appliquée à la société humaine, de l’arithmétique sociale. »

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