Traduction : Punition contre Restauration – Une Discussion, Roderick T. Long (1993-1994)

Punition contre Restauration : Une discussion

 

Par Roderick T. Long
Cet article a été publié originellement dans le numéro d’Hiver 1993-1994 de la revue Formulations, et peut-être retrouvé ici.

 

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Roderick T. Long est un bloggeur et philosophe « libertarien de gauche » américain. Il est cofondateur de l’Alliance de la Gauche Libertarienne (Alliance of the Libertarian Left, A.L.L.), ainsi que directeur et président de l’Institut Molinari (à ne pas confondre avec l’Institut Économique Molinari) et contributeur au Centre pour une Société sans État (Center for a Stateless Society, C4SS).

Note du traducteur : Nous avons fait le choix de traduire dans la plupart des cas les termes libertarian et libertarianism par, respectivement, « libertaire » et « libertarisme » – là où l’on emploie plus traditionnellement les termes « libertarien » et « libertarianisme ». La raison de cette traduction provient d’un côté du fait que les termes « libertaire » et « libertarien », ainsi que « libertarisme » et « libertarianisme », ne sont pas distinct en anglais. Le libertarianisme étant le plus souvent lié à une interprétation typiquement pro-capitaliste des principes libertaires, et le « libertarianisme de gauche » étant justement en partie une réaction à cette interprétation et cette récupération du terme de « libertaire » par la droite, ce choix de traduction nous paraît pertinent.

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Les types de coercition

Comment les criminel.les devraient être traité.es dans un système libertaire ? Est-il admissible de les punir ? Pourquoi ? Dans le texte qui va suivre je vais essayer de développer les principaux éléments de ma réponse à cette question. J’insiste sur le fait que ces idées ne représentent que moi, et je serai heureux de recevoir des commentaires et des critiques.

Commençons par définir ce qu’est la coercition : l’assujettissement, par la force ou la menace de la force, d’une autre personne, ou de la propriété de cette autre personne, pour son propre usage, sans le consentement de cette autre personne. À la lumière de cette définition, il est possible de distinguer trois formes de coercition :

  1. La coercition défensive : J’utilise la coercition contre vous, mais uniquement dans l’étendue nécessaire pour arrêter votre agression contre moi (ou n’importe quelle personne que je représente légitimement).
  2. La coercition de représailles : J’utilise la coercition contre vous, mais alors que vous m’avez agressé (ou n’importe quelle personne que je représente légitimement), la coercition que j’applique dépasse ce qui aurait été strictement nécessaire pour simplement arrêter votre agression.
  3. La coercition initiatique (ou agression) : J’utilise la coercition contre vous, alors même que vous n’avez pas utilisé de coercition contre moi (ou n’importe quelle personne que je représente légitimement).

La justification de la coercition

Étant données ces définitions, il y a quatre formes possibles de justification de la coercition :

1.La coercition n’est jamais justifiée.

2.La coercition défensive est justifiée, mais pas les coercitions de représailles et initiatique.

3.Les coercitions défensive et de représailles sont justifiées, mais pas celle initiatique.

4.Les coercitions défensive, de représailles et initiatique sont toutes justifiées.

Le principe libertaire de non-agression rejette clairement l’option 4. : l’initiation de l’agression n’est pas admissible. Mais chacune des trois options restantes semblent pouvoir être compatibles avec le rejet libertaire de l’agression ; et, de fait, chaque option peut trouver des défenseurs et défenseuses au sein des rangs libertaires et libertariens.

Mais si les options 1. à 3. semblent pouvoir être compatibles avec la lettre du libertarisme, cela ne signifie pas qu’elles soient toutes compatibles à égalité avec son esprit. En effet, j’entends argumenter du fait que seule l’option 2. exprime l’esprit libertaire, et conséquemment les principes libertaires, correctement compris, permettent l’autodéfense contre les actions criminelles, mais prohibent la punition des criminel.les (du moins selon la définition usuelle de ce qu’est une punition).

Pourquoi pas le pacifisme ?

L’option 1. pourrait initialement paraître comme étant la plus attractive. Si la coercition est mauvaise, pourquoi ne pas y renoncer entièrement ? L’utilisation de la violence, même dans des cas d’autodéfense, ne réduit-elle pas la victime au même niveau moral que celui de son agresseur.euse ? Pour beaucoup de gens, le pacifisme radical résonne avec des valeurs culturelles et religieuses profondes telles que celles du Christ – tendre l’autre joue –, la doctrine de l’ahimsa (non-violence) qui existe dans de nombreuses religions indiennes, et même l’idée communément acceptée que l’on « ne guérit pas le mal par le mal ». De plus, des figures de la non-violence telles que William Penn, Tolstoï, Thoreau, Garrison, Gandhi, ou Martin Luther King, sont sujettes à beaucoup d’admiration. Au sein du mouvement libertarien, beaucoup ont été inspiré.es par les écrits et l’exemple donné par l’anarcho-pacifiste Robert LeFevre.

Et pourtant, en partant d’un point de vue libertarien, il semble y avoir des désavantages certaines à s’en tenir à une position pacifiste radicale. Les libertarien.nes se voient comme des défenseur.euses des droits ; mais la différence entre les droits et les autres types de revendications morales réside dans le fait que les droits sont légitimement imposables. Supposons que j’insulte gratuitement l’un.e des mes voisin.es, et vole la voiture d’un.e autre. Chacun.e de mes voisin.es possède une revendication morale à mon encontre : la première personne, que j’avais insulté, peut demander une excuse, la seconde peut demander à récupérer sa voiture. Mais seulement le second point peut être proprement décrit comme un droit. La seconde personne détient le droit de voir sa voiture restituée, et pourrait légitimement utiliser la coercition pour s’assurer que son droit est respecté. La première personne n’a pas de droit à des excuses ; je devrais m’excuser, mais personne ne peut légitimement me forcer à agir ainsi. Tous les péchés ne sont pas des crimes.

Mais si la coercition n’est jamais justifiée, même contre l’agression, la distinction existant entre les deux formes de revendications morales s’estompe : aucun.e de mes infortuné.es voisin.es ne peut légitimement utiliser la coercition pour imposer leurs revendications contre moi. Mais ce qui fait qu’une revendication morale est un droit réside précisément dans le fait que la force puisse être appliquée pour son imposition. Toute personne qui supporte le pacifisme radical, alors, s’engage à nier les droits de toustes – position plutôt étrange pour des libertaires ou des libertarien.nes !

Les sphères d’autorité

Les libertarien.nes voient généralement les droits comme créant des frontières autour des gens. Chaque personne possède une sphère d’autorité dans laquelle elle peut agir à sa guise, sans interférence externe ; mais on ne peut pas pénétrer les frontières d’autrui et s’engager dans des actions au sein de la sphère d’autorité d’autrui (sauf permission). L’expression classique de cela est : « Ton droit de donner des coups de poing s’arrête là où commence mon nez ».

Les pacifistes, cependant, ne peuvent pas plus longuement soutenir cette vision. Supposons que je vous attrape par le nez, envahissant ainsi votre sphère d’autorité. Avant de faire cela, vous étiez libres de vous gratter le nez quand vous le souhaitiez. Mais maintenant que je tiens votre nez d’une main ferme, vous ne pouvez pas vous gratter le nez sans d’abord repousser ma main. Et pourtant si les pacifistes radicaux.ales ne se trompent pas, il serait immoral que de me repousser. Il s’ensuit que, sous ces circonstances, il ne vous est plus moralement admissible de vous gratter le nez. Sans que vous en eussiez été responsables, à cause de mon action immorale, votre propre nez n’est plus dans votre sphère d’autorité.

Mais cela semble injuste. Pourquoi mon agression devrait être autorisée à contraindre votre domaine d’activité légitime ? Pourquoi le fait que je vous attrape le nez devrait vous faire perdre tous vos droits sur ce dernier ? Il semble beaucoup plus raisonnable que de dire que par mon action je me suis placé dans votre sphère d’autorité, plutôt que de dire que j’ai retiré votre nez de cette dernière ; et comme résultat de cela, vous pouvez désormais me forcer en dehors de cette dernière, sans excéder votre juste autorité. Ce qui est mauvais avec la coercition initiatique est qu’elle excède les limites de la sphère d’autorité de celui ou celle qui agit de façon coercitive, mais la coercition défensive ne dépasse pas ces dites limites, et est ainsi légitime.

(Dans le cadre d’une intervention en tant que parti tier, la coercition défensive est justifiée dans la mesure où la personne qui intervient le fait comme agent de la victime [Cela suppose présumer que l’on agit avec l’autorisation de la victime, quand la victime est capable de donner ou de retirer son consentement, ou bien agir comme la victime pourrait l’autoriser (aussi loin qu’on puisse le déterminer), quand la victime est incapable pour une raison ou pour une autre de donner ou de retirer son consentement – cela pourrait être à cause d’un état d’inconscience, d’un handicap, qu’il s’agit d’un enfant, ou la simple pression du temps]. Par exemple, supposez que je vous attaque, et Martina, agissant comme votre agente, interviens pour vous défendre. En pénétrant vos limites, je suis passé sous votre autorité. Vous pouvez faire le choix d’exercer cette autorité ; mais vous êtes également dans votre droit en l’exerçant par procuration, à travers votre agente Martina.

Mais l’argument qui justifie la coercition défensive ne justifie pas la coercition appliquée en représailles. Si j’utilise plus de coercition que nécessaire contre vous, alors dans les faits je vais plus loin que simplement exercer mon autorité légitime au sein de ma propre sphère. Si la liberté de chacun.e peut être limitée par la liberté égale d’autrui, qu’est ce qui peut justifier que je limite votre liberté plus qu’il n’est nécessaire pour restaurer l’intégrité de la mienne ?

Qu’est ce qui compte comme une défense ?

J’ai argumenté que le principe le plus consistant avec l’esprit libertaire est celui de la coercition défensive, ainsi que la prohibition non seulement de la coercition initiatique mais également de représailles. Mais quelle liberté d’action nous permet cette restriction ? Qu’est-ce que ce principe nous autorise de faire à l’égard des criminel.les, au-delà du fait de les repousser au moment de l’agression ?

Tout d’abord, rappelons-nous que nous avons défini la coercition comme l’assujettissement par la force, effective ou sous la forme d’une menace, d’une personne ou de la propriété d’autrui sans consentement. Si je courre dans votre direction en brandissant une épée, vous n’avez pas besoin d’attendre que je vous frappe effectivement avec cette épée pour prendre des mesures défensives. En manifestant des volontés de meurtre, je me suis déjà placé sous votre autorité. Il pourrait être admissible d’emprisonner ou d’exiler des criminel.les s’iels posaient une menace constante pour les innocent.es.

Demander à la personne s’étant engagée dans des actions criminelles le paiement de compensations à la victime peut également être justifié sur les bases de la coercition défensive. Considérez les cas suivants :

Cas 1 : Je pénètre dans votre maison.

Je suis ici clairement en train de m’introduire sur votre propriété, et vous avez le droit d’utiliser la coercition pour me faire partir, puisque votre maison appartient à votre sphère d’autorité.

Cas 2 : Je pénètre dans votre maison, et je glisse votre radio dans mon sac à dos.

Dans ce cas, vous pourriez faire plus que simplement me jeter en dehors de votre maison, parce que, en retenant une de vos possessions, je vous donne légitimement le droit de réclamer restitution de cette dernière. Je reste sous votre autorité aussi longtemps que vous n’avez pas récupéré cette possession.

Cas 3 : Je pénètre dans votre maison et j’éclate votre radio avec un marteau.

Le fait que votre radio n’existe plus n’altère pas le fait que je reste sous votre autorité tant que la radio (ou son équivalent en valeur) vous est restaurée. Ainsi je pourrais légitimement être demandé à offrir compensation pour votre perte.

Notons que cette justification de la coercition défensive n’a rien à voir la responsabilité de l’agresseur ou de l’agresseuse pour ses actions. Si j’ai été hypnotisé et que je vous attaque sous l’influence de cette hypnose, vous avez toujours le droit de me combattre. Si un coup de vent me pousse sur votre propriété contre ma volonté, vous avez toujours le droit de m’en faire sortir. Et similairement, si je détruis accidentellement vos possessions, je vous dois toujours compensation. Ce qui importe est que je suis entré dans votre sphère d’autorité et puisse ainsi être forcé à la quitter ; que j’y sois rentré volontairement ou non n’a pas d’importance. Ainsi il me semble qu’une conception libertaire des droits devrait favoriser un système de responsabilité stricte ; c’est à dire que les personnes sont responsables des dommages qu’elles causent, indépendamment des raisons derrière ces dommages, qu’ils aient été causés délibérément ou accidentellement.

Vengeance ou restitution ?

Les personnes qui critiquent cette position que je défends demandent souvent la chose suivante : « Et si une personne que vous aimez mourrait ? Seriez-vous heureux de voir un meurtrier ou une meurtrière vous rembourser, se faire enfermer, ou voudriez-vous voir ce dernier ou cette dernière mort.e ? » Dans mon cas, la réponse est : oui, je souhaiterais voir le tueur ou la tueuse mort.e. Et je pourrais être justifié à agir ainsi si le gouvernement libérait ce tueur ou cette tueuse alors qu’iel pose toujours un danger pour autrui – car alors mon action pourra compter comme défensive plutôt que de représailles (quelles que soient mes motivations). Mais supposez que je sais que le gouvernement ne va jamais libérer ce meurtrier ou cette meurtrière. Même ici, le désir de se venger est une réaction parfaitement naturelle et pardonnable. Mais les désirs de vengeance devraient ils remplacer l’analyse rationnelle ? Des questions de droits et de justice ne devraient pas être décidés dans des moments de colère.

Je devrais souligner, incidemment, que sous un système de restitution, les victimes s’étant vengées ne seraient pas traitées durement. Après tout, la coercition de représailles n’est pas admissible contre elles également. Si vous me tuez parce que j’ai tué une personne que vous aimiez, alors vous pourriez être demandé à payer compensation à mon plus proche parent (bien que, comme l’a montré Randy Barnett, un autre critique de la coercition de représailles, on pourrait très bien rendre la même monnaie que je vous avais originellement donné en compensation de la mort de la personne que j’ai tué) ; mais vous ne serez probablement pas enfermé, car vous n’apparaitrez pas comme une menace pour autrui. Ainsi le danger de la vengeance par les proches des victimes posera une certaine dissuasion au meurtre. Comme le roi de France Louis XV disait à l’un de ses courtisans qui avait commis un meurtre : « Je vous pardonne – mais je pardonnerai aussi la personne qui vous tuera ». (Dans le cas des victimes de meurtre n’ayant pas de proches ou de parents, le droit de compensation pourrait être donné à la personne poursuivant la matière en justice.)

Un tel système pourrait-il encourager un cycle de vengeance, avec chaque partie dans la dispute demandant une vie en réparation à la vie précédemment prise par l’autre partie, et l’argent de compensation faisant des aller-retours ? Telle ne semble pas être la leçon donnée par l’histoire. Dans les sociétés non-étatiques pré-chrétiennes de l’Europe du Nord, la vendetta était originellement une caractéristique envahissante de la vie sociale, mais cela changea avec l’institution d’un système restitutif. Le Wergeld (Ou Mangold ; c’est à dire la compensation monétaire pour les vies humaines prises) donna un intérêt financier aux parties en dispute suffisamment important pour arrêter les cycles de vengeance. Si de tels intérêts économiques peuvent permettre la maitrise des vendettas dans des sociétés qui glorifiaient la vengeance comme une matière d’honneur, un système de justice restaurative pourrait être encore plus efficace dans notre société moderne, qui condamne au moins la vengeance.

Les limites de la défense

 Existe-t-il des limites à ce qu’une personne pourrait faire à une autre l’agressant ? Par exemple, si vous avalez quelque chose m’appartenant, cela me donne-t-il le droit de vous ouvrir en deux pour récupérer ma propriété ?

Comme j’ai pu l’écrire ailleurs : « Le dilemme ici est analogue au marchand de Venise de Shakespeare. Antonio doit à Shylock une livre de sa chair, mais il ne doit à Shylock pas la moindre goutte de son sang ; et ainsi Shylock ne peut pas saisir sa livre de chair sans saisir un peu du sang d’Antonio également. Portia résonne que puisqu’Antonio ne doit à Shylock aucune goutte de son sang, et que Shylock n’a pas le droit de se saisir du sang d’Antonio, et ainsi n’a pas le droit de saisir la chair d’Antonio également (puisque, bien qu’il ait donc en principe le droit de saisir sa livre de chair, il ne peut pas exercer ce droit sans faire quelque chose qu’il n’a pas le droit de faire – prendre du sang d’Antonio). Shylock, quant à lui, affirme que puisqu’Antonio lui doit une livre de chair, il a également le droit de prendre le sang avec (puisque cela découle d’une chose dont Shylock avait droit)  : » (LONG, Roderick T., « Abortion, Abandonment, and Positive Rights : The Limits of Compulsory Altruism », Social Philosophy & Policy, vol. 10, no. 1, 1993, p. 174.)

Par analogie, nous pouvons distinguer deux principes possibles en matière de coercition défensive :

Le Principe de Shylock : Si je vous attaque, vous avez le droit de me contraindre de n’importe quelle manière nécessaire pour me retirer de votre sphère d’autorité.

Le Principe de Portia : Vous n’avez pas le droit de me contraindre, même si cela est nécessaire pour me pousser en dehors de votre sphère d’autorité.

Le Principe de Portia est le pacifisme de nouveau, et j’ai déjà expliqué que le pacifisme est inadapté à l’esprit du libertarisme ; nous pouvons donc le rejeter. Mais quid du principe de Shylock ? Bien que, strictement parlant, il se range du côté du principe de la coercition défensive et non celle de représailles, le principe de Shylock me frappe comme étant défectueux de façon similaire à la coercition de représailles. Si le principe de Shylock est correct, alors je serais autorisé à tirer sur un enfant s’il s’agissait du seul moyen qui m’était disponible pour empêcher le dit enfant de me marcher sur les doigts de pied. Mais une telle réponse serait très probablement disproportionnée eut égard à la gravité de la situation.

À mes yeux, alors, l’approche la plus libertaire de la coercition défensive est la suivante :

Le Principe de Proportion : Si je vous agresse, vous avez le droit de me contraindre de n’importe quelle manière nécessaire pour me retirer de votre sphère d’autorité, à condition que cette contrainte que j’applique n’est pas disproportionnée par rapport à la gravité de mon agression.

Ainsi toutes les formes de coercition défensive ne sont pas automatiquement justifiées. La coercition, pour être légitime, doit passer trois tests : Premièrement, elle doit être une réponse à une agression de la part d’autrui ; deuxièmement, elle doit être nécessaire pour permettre la fin de cette agression ; et troisièmement, elle doit être proportionnée à la gravité de l’agression.

Permettez-moi de mettre en garde contre une possible interprétation erronée de ce principe. Il peut sembler que si la réponse défensive doit être en proportion de la menace, alors nous ne pourrions pas employer une force supérieure à celle de l’agresseur ou agresseuse (Par exemple, tuer une personne pour l’empêcher de nous infliger des blessures sérieuses mais non mortelles). Je pense que ce serait une inférence erronée. Un meurtre d’agression est pire qu’un meurtre de défense. Ainsi l’agression n’a pas besoin d’être mortelle pour qu’une force potentiellement fatale puisse en être une réponse défensive.

Crime sans punition

J’ai argumenté que nous pourrions légitimement imposer des amendes ou des peines d’emprisonnement contre les criminel.les. Aurais-je alors justifié le fait de punir ? Je ne pense pas. Le principe des punitions est de faire souffrir les criminel.les – que ce soit pour des raisons de représailles (un.e criminel.le mérite de souffrir) ou pour des raisons de dissuasion (des criminel.les potentiel.les seront découragé.es en voyant le traitement que l’on leur réserve). Sur le modèle défensif, si des amendes et des incarcérations peuvent causer des souffrances aux criminel.les, ce n’est pas le but ; l’objectif est plutôt de restaurer la victime dans ses droits. Après tout, nous ne pensons pas que celleux qui violent les droits des autres par accident doivent souffrir ; mais la seule différence entre un.e agresseur.euse par choix et un.e agresseur.euse ar accident réside uniquement dans le contenu de leur pensée – une chose sur laquelle la juridiction n’a pas de pouvoir légitime. Je conclue ainsi que nous ne pouvons pas légitimement traiter les criminel.les volontaires de façon différente des criminel.les accidentel.les (à l’exception peut-être qu’iels diffèrent dans la possibilité de continuer à être une menace). La restauration est justifiée sur des bases libertaristes comme une expression de la coercition défensive ; mais la punition, je crois, constitue une forme de coercition de représailles, et n’est ainsi pas admissible.

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