La Théorie Anarcho-Collectiviste, Partie III – L’anarcho-communisme contre le socialisme libertaire

La Critique de la doctrine collectiviste par les anarcho-communistes

 

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Errico Malatesta (1853-1932)

La théorie du communisme libertaire est formulée vers la fin des années 1870 en critique du collectivisme. C’est le mouvement anarchiste Italien qui le premier s’interroge sur les problèmes théoriques du « socialisme libertaire ».

 

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Carlo Cafiero (1846-1892)

A la suite des insurrections de l’année 1874 à Bologne, la fédération anarchiste Italienne est désorganisée. En 1875, de nombreux militants sont poursuivis par la Justice. Il faut attendre l’année 1876 pour que le mouvement se reconstitue. Avec cette phase de réorganisation, des militants, dont Costa, Cafiero et Malatesta, émettent des doutes sur la praticabilité du collectivisme. Malatesta critique l’idée selon laquelle il serait possible de calculer avec précision la valeur du travail effectué individuellement par les travailleurs. Il se demande également si les instances de distribution souhaitées par les collectivistes sont compatibles avec l’anarchisme ; lui et ses compagnons pensent que laisser la détermination de la valeur du travail et la distribution de la production à des groupes spécifiques revient à maintenir un gouvernement et une bureaucratie.

Ils en concluent la nécessité d’établir directement le communisme.

 

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Andrea Costa (1851-1910). Inventeur de l’expression « propagande par le fait », il se convertit par dépit au parlementarisme : il devient l’un des chefs de file du courant socialiste « légalitaire »

 

En Juillet 1876, lors du congrès régional de Bologne, Costa déclare que la contrepartie logique de « De chacun selon ses capacités » est « à chacun selon ses besoins » et non « selon ses mérites ».

Le congrès régional proclame par ailleurs l’égalité totale entre l’homme et la femme, la « libre union » et l’indépendance économique réciproquedes membres du couple. Des sections féminines sont créées.

Lors de la tenue du congrès de Florence, sept fédérations ont déjà été reconstituées.

Le congrès de Florence-Tosi (Octobre 1876)

Le congrès de « Florence-Tosi » est le 3ème congrès de la fédération italienne. Le ministre de l’intérieur, Giovanni Nicotera, essaye les 19 et 20 Octobre, d’empêcher la réunion des délégués anarchistes italiens à Florence : plusieurs leaders sont arrêtés et les forces de l’ordre occupent le hall réservé au meeting Florentin. Les délégués, au nombre de 38, se réunissent finalement le 21 Octobre dans le village de Tosi.

Le congrès rompt avec le collectivisme, justifiant le refus de la propriété du travailleur sur sa production par la crainte que cela ne recrée des inégalités génératrices de classes sociales – ce que Carlo Cafiero mentionne dans Anarchisme et Communisme (1880). Dans une société « véritablement juste », le « tien » et le « mien » n’auraient aucune raison d’exister ; les anarcho-communistes refusent la « période de transition » proposée par James Guillaume dans ses Idées sur l’Organisation Sociale.

 

Le Congrès de Berne (1876)

L’AIT anti-autoritaire se réunit du 26 au 29 Octobre à Berne. Malatesta y déclare son rejet du « Bakouninisme ». Il déclare que l’on ne peut prédire les besoins humains, leurs désirs et capacités.

Parallèlement, les anarchistes italiens adoptent le principe de la propagande par le fait, qui se concrétise en 1877 lors de l’insurrection du Bénévent avec Cafiero et Malatesta, où ils parviennent à occuper plusieurs villages sans combat. Il s’agit néanmoins d’un échec.

En 1878, Malatesta rencontre Pierre Kropotkine et Elysée Reclus, sur lesquels il a une influence très importante. Ces derniers passent ainsi du collectivisme au communisme. Kropotkine adopte également la propagande par le fait.

Les années 80 à 90 voient ainsi l’explosion des pratiques révolutionnaires violentes. Ceci résulte à une fragmentation du mouvement anarchiste, déjà perdant de sa cohésion du fait de sa diversification idéologique, encore plus prononcée.

Sous l’influence des nihilistes Russes, les anarchistes s’éloignent de l’insurrectionnalisme des anarchistes italiens au profit d’une méthodologie plus individuelle et plus spectaculaire.

L’inefficacité de la « propagande par le fait » est progressivement démontrée alors que la répression indiscriminée des groupes anarchistes, violents ou non, est renforcée (aboutissant par exemple aux « lois scélérates »). Plusieurs militants, dont Kropotkine lui-même, finissent pas renoncer à cette pratique : « Un édifice basé sur des siècles d’histoire ne se détruit pas avec quelques kilos d’explosifs ».

 

La Conquête du Pain (1896)

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Sans doute l’ouvrage de Kropotkine le plus important dans la théorisation du communisme libertaire avec Champs, Usines et Ateliers (1910), le livre fait la synthèse de la doctrine anarcho-communiste. Un chapitre est consacré à la critique du collectivisme. Pour l’auteur, les collectivistes maintiennent le gouvernement représentatif et le salariat ; il accuse ainsi les partisans des thèses de James Guillaume de vouloir maintenir le système parlementaire, à travers les « congrès fédératifs » ou les « parlements provinciaux » proposés par Bakounine dans son Catéchisme.
Mais la principale critique touche évidemment la question du maintien du salariat, « l’esclavage économique ». Pour Kropotkine, il faut abolir l’argent et remplacer les systèmes de distribution par la « prise sur le tas ».
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L’anarcho-communisme devient un courant majoritaire de l’anarchisme, le socialisme libertaire étant marginalisé dans la majorité des pays. (★)
Bibliographie :
CAFIERO, Carlo, Anarchisme et Communisme, 1880
KROPOTKINE, Pierre, La Conquête du Pain, 1896
PERNICONE, Nunzio, Italian Anarchism, 1864-1892, Princeton University Press, 2014
LEVY, Carl, ADAMS, Matthew, The Palgrave Handbook of Anarchism, Springer, 2018
L’Economie Participative – La Théorie Anarcho-Collectiviste, Partie IV>

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