La Théorie Anarcho-Collectiviste, Partie I

La Théorie Anarcho-Collectiviste

 

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Le collectivisme anarchiste, ou socialisme libertaire, naît comme tentative de dépasser les théories mutuellistes des internationales français, très influentes au sein de l’Association Internationale des Travailleurs (1864-1876).

Si la théorie collectiviste est régulièrement associée à la personne seule de Mikhaïl Bakounine, le processus de développement de cette doctrine se révèle beaucoup plus complexe, et résultat de la collaboration de nombreuses personnes, notamment dans le cadre de la fédération anti-autoritaire (1872-1878). Comprendre ce processus de maturation idéologique est important pour pouvoir saisir les thèses anarcho-collectivistes dans leur entièreté. Une autre facette qui mérite également d’être observée est la critique du collectivisme et la volonté anarcho-communiste de le dépasser. La division du mouvement anarchiste dans les années 1880 entre ces deux courants, communistes et collectivistes, aboutit progressivement à un rapport de force favorable au communisme libertaire, sans que le socialisme libertaire ne soit complètement effacé ; il subsiste ainsi principalement en Espagne.

Une réactualisation des thèses collectivistes peut-être perçue dans le développement de la « Parecon » (L’économie participative) par Robin Hahnel et Michael Robert.

Sommaire :

I) L’émergence du collectivisme comme critique et dépassement du mutuellisme « étroit » (1868-1872)

II)La théorisation du socialisme libertaire par l’internationale anti-autoritaire (1872-1878)

III)Les Anarcho-Communistes et leur opposition au collectivisme dans les années 1880-1890

IV)L’Economie Participative, une réactualisation de l’anarcho-collectivisme ?

I) L’émergence du collectivisme (1868-1872)

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Eugène Varlin (1839-1871)

Après avoir été dans un premier temps dominée par les mutuellistes, l’Association Internationale des Travailleurs voit se développer en son sein un courant collectiviste entendant dépasser les « limites » du mutuellisme défendu par Tolain et la première commission de Paris. Les acteurs de cette évolution sont eux-mêmes des mutuellistes, à l’exemple d’Eugène Varlin ou de Benoît Malon. La commission parisienne elle-même change dans dans les positions qu’elle défend, passant ainsi par exemple en 1867 d’une critique de la pratique de la grève à l’apologie acharnée de son emploi.

Néanmoins, ces évolutions paraissent insuffisantes pour une partie des mutuellistes, qui se divisent dès lors entre deux tendances désignés à posteriori comme mutuellistes « étroits » (favorables à la présentation de candidatures ouvrières, au soutien de la petite propriété et plus conservateurs) et mutuellistes « avancés » (plus combatifs et plus progressistes, en se prononçant à l’exemple de Varlin en faveur de l’égalité des sexes).

L’année 1868 est charnière dans la théorisation du collectivisme ; elle est marquée tout d’abord par la démission de la commission de Paris à l’AIT à la suite de poursuites judiciaires et son remplacement par une seconde commission dont fait notamment partie Varlin (Cette commission est à son tour poursuivie par la justice et doit démissionner également), également, Bakounine et l’Alliance Internationale de la Démocratie Socialiste (AIDS) adhèrent à cette date à l’Internationale.

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Définitivement acquis aux idées anarchistes après sa nouvelle rencontre avec Proudhon en 1863 -Bakounine tire beaucoup d’inspiration de De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise, qu’il lit avec attention-, « conversion » se manifestant par la publication de son « Catéchisme Révolutionnaire » en 1866.
Il ne se prononce pas encore sur la question économique. C’est son contact avec les militants socialistes et mutuellistes Suisses et Français tels que James Guillaume, Adhémar Schwitzguébel, Auguste Spichiger, Charles Perron ou encore Benoît Malon qui le pousse lentement à théoriser avec eux une doctrine socialiste radicale.
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Adhémar Schwitzguébel (1844-1895)

 

Collectivistes contre Mutuellistes

Lors des congrès de l’AIT, les mutuellistes « avancés » se portent favorables à plusieurs propositions qui sont à l’origine de leur qualification de collectivistes.

La toute première de ces propositions se rapporte à la question de la propriété du sol, que les anarchistes rassemblés autour de Bakounine souhaitent collective. La terre, n’étant le produit d’aucun travail, appartient à la société toute entière, tandis que les fruits du travail agricole doivent revenir aux cultivateurs eux-mêmes ; la répartition de la terre doit se faire par redistribution et non pas par sa vente et son achat.

Un autre point de définition de ce collectivisme précoce est la critique de l’héritage, qui perpétue les différences de richesse dans la société et rend les individus fortement inégaux dès la naissance.

 

Le ralliement au collectivisme n’implique néanmoins pas une disparition immédiate des mutuellistes ; si les représentants « étroits » de ce mouvement sont vite marginalisés, beaucoup de mutuellistes « avancés » continuent à se revendiquer comme tels tout en soutenant les thèses favorables à la collectivisation des terres et l’abolition de l’héritage.

Tandis que leurs thèses commencent à devenir majoritaires dans l’AIT (à partir du congrès de Bruxelles (1868) et de Bâle (1869)), les collectivistes cherchent à développer plus profondément leur théorie.

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James Guillaume (1844-1916)

En 1869, en Suisse, la congrès romand, où les partisans de James Guillaume et de Bakounine sont majoritaires, rejette le « transitionnisme » des mutuellistes, estimant que seule l’expropriation peut permettre l’avènement du socialisme. Le rejet de la voie politique est par ailleurs réaffirmée, en opposition avec les candidatures ouvrières des « anti-collectivistes ».

Après Bâle (1869), l’AIT ne réunit pas de congrès pendant deux années du fait de la guerre Franco-Prussienne (1870) puis de la Commune de Paris (1871).

Une quinzaine d’Internationaux français, dans lesquels on peut compter une dizaine de mutuellistes et collectivistes (Varlin, Malon, Pindy, Gambon, Henry, Ostyn, Arnould, Beslay, Lefrançais, Martelet, Andrieu) participent au conseil au conseil de la commune, appartenant à la minorité face à une majorité composée de Jacobins, de Blanquistes et  d’« indépendants ». Varlin meurt durant la Commune.

Jean-Louis Pindy (1840-1917)
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François-Charles Ostyn (1823-1912)

 

Parallèlement, les collectivistes se montrent très actifs en Espagne, où la monarchie vient d’être renversée .

En l’absence de congrès, l’AIT ne peut se prononcer sur la question de l’adhésion de l’Alliance Internationale de la Démocratie Socialiste ; parallèlement, collectivistes et « communistes autoritaires » voient leurs rapports se tendre excessivement. Les libertaires souhaient préserver l’autonomie des fédérations locales de l’AIT, alors que Marx veut renforcer les pouvoirs de son conseil général. Il déménage ainsi le conseil de l’AIT à New York pour échapper à l’influence des « Bakouninistes ».

Cette situation aboutit, lors du cinquième congrès de l’AIT à la Haye en 1872, à une opposition franche, à laquelle les communistes trouvent une solution par l’exclusion de Bakounine et de Guillaume au motif de la création de l’Alliance Internationale, qui serait une faction opposée aux statuts de l’AIT.

James Guillaume, dans ses mémoires, s’attachera à démontrer comment la majorité au congrès de la Haye avait été fabriquée.

Cette e, xclusion aboutit à une scission. Le congrès de St-Imier, ayant lieu le 15 Septembre 1872, fonde l’Internationale « anti-autoritaire », qui se revendique comme continuité légitime de l’AIT -Le congrès de St-Imier est ainsi considéré comme le  « véritable » cinquième congrès de l’AIT,

Cette internationale, qui perdure jusqu’en 1878, mène à la maturation des thèses anarcho-collectivistes.

 

Les collectivistes : véritables successeurs du proudhonisme ?

Si les mutuellistes « étroits »  de l’AIT sont communément considérés comme des proudhoniens, il se révèle en fait qu’ils divergent beaucoup en certains points de la théorie de P.J. Proudhon. Ils se rattachent ainsi plus à l’interprétation par Tolain du mutuellisme.

A l’inverse, les collectivistes reprennent clairement à leur compte les théories proudhoniennes. Outre leur rejet des candidatures ouvrières (Que Proudhon avait formulée dans De la Capacité Politique des Classes Ouvrières), leur critique de la propriété du sol rappelle ainsi l’argumentaire de Proudhon formulé dans Qu’est ce que la Propriété ?, où il reprenait par exemple la métaphore de Cicéron comparant le monde à un « vaste théâtre », dans lequel on occupe uniquement la place que l’on utilise, aussi longtemps que l’on reste dans le théâtre.

Les collectivistes se revendiquent également de l’anarchisme, selon des lignes faisant écho à la définition proudhonienne de la théorie : « Anarchie veut dire organisation de l’ordre économique et négation de l’ordre politique ».

D’autres éléments, comme la vision de la collectivisation du travail comme créatrice de forces productives supérieures en quantité et en qualité, est un autre exemple de cette filiation.

Ainsi, en un certain sens, les collectivistes étendent l’argumentaire économique proudhonien à ses extrémités, ce qui révèle un discours pouvant se montrer favorable à la collectivisation. (★)

 

Bibliographie :

DROZ, Jacques, Histoire Générale du Socialisme, Presses Universitaires de France, Paris, 1972

DELALANDE, Nicolas, La Lutte et l’Entraide : l’Age des solidarités ouvrières, Seuil, Paris, 2019

GUILLAUME, James, L’Internationale : documents et souvenirs (1864-1878), Société Nouvelle de librairie et d’édition, Paris, 1905-1910

CORDILLOT, Michel, Aux origines du socialisme moderne : La première Internationale, la Commune de Paris, l’Exil : recherches et travaux, Editions de l’Atelier, 2010

BAKOUNINE, Mikhaïl, Catéchisme Révolutionnaire, 1866

Les Anarchistes, dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone

 

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