Commentaire : De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise, VI – Proudhon et le Mutuellisme, Partie 13

Une théorie des lois

 

 

Sur la base du principe de réciprocité, Proudhon entreprend de définir la question de la « sanction morale » et de l’application de la Justice.

Le rejet du système punitif

Le philosophe se prononce très clairement sur la question du « droit de punir ». Il s’agit selon lui d’un « droit à faire mal » qui se retrouve en contradiction avec le principe de réciprocité. Le sévice infligé au criminel ne fera que l’endurcir.

Proudhon n’aborde pas dans De la Justice la question de la peine de mort. En 1848, il s’était prononcé pour son maintien, sans doute la percevant comme ultime rempart contre la « contagion du crime ». Néanmoins dans son manuscrit « Notes sur la peine de mort » (http://memoirevive.besancon.fr/ark:/48565/a011380356776qhdUD6) Proudhon montre être revenu sur son jugement initial, déclarant que la Justice « aurait en effet à gagner beaucoup à l’abolition de la peine de mort, non seulement pour les crimes et délits ordinaires, mais aussi pour les crimes et délits politiques ». L’écriture de De la Justice se fait donc après ce revirement ; la peine de mort est en contradiction avec la réciprocité.

La définition d’une Justice restaurative

Proudhon avance l’idée que la loi pénale doit avant tout viser la réparation du crime et non la vengeance :

« De même que le préjudice matériel causé par un délinquant doit être réparé, l’objet enlevé restitué (…), ceci en actes de vertus et dévouements de la part du criminel, abolition complète du « droit de punir », qui n’est autre que la violation solennelle de la dignité d’un individu, en représailles d’une violation de la dignité sociale ».

Le droit de la Justice doit donc viser au rétablissement de la réciprocité dans la société, et empêcher la contagion du crime :

« Comme le crime ou le délit n’est jamais isolé, comme il a été plus ou moins provoqué, causé, encouragé, toléré, permis, par le système des rapports, plus ou moins exacts et équitables, qui forment la société, il y’a lieu pour celle-ci de rechercher en quoi elle a pu elle-même être coupable envers le délinquant, la sanction, de même que la Justice, n’étant complète qu’autant qu’elle est réciproque ».

 

Enfin, Proudhon affirme la solidarité de la société face au crime : là où l’Eglise prône le « chacun chez soi », le philosophe argue que le crime est l’affaire de tous, préméditant la citation de Bakounine : « L’oppression d’un peuple ou même d’un simple individu est l’oppression de tous et l’on ne peut violer la liberté d’un seul sans violer la liberté de chacun ».

 

La question du régicide

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Dans la dernière étude de son œuvre, portant sur la « sanction morale », Proudhon fait un écart pour aborder la question du régicide, pour se demander si le meurtre du tyran est juste ou non.

Il se montre de fait très critique. Expliquant qu’un tyran n’est rien sans ses complices, sa coterie, le régicide devrait, pour être logique, frapper ces derniers également. Ainsi, ce que Proudhon craint, c’est la justification de la Terreur par le régicide.

S’intéressant aux attentats perpétrés contre Napoléon III, l’auteur indique en outre que la mort du chef de l’Etat n’est pas gage d’un retour à la démocratie.

Enfin, abordant plus précisément la question de l’attentat perpétré par Felice Orsini, Proudhon pointe du doigt le fait que le révolutionnaire s’est lui-même comporté en tyran, en souhaitant pousser la France entière dans la guerre pour mener l’indépendance et la réunification de l’Italie.

Proudhon conclue : « César fut justement puni, ce qui ne prouve pas du tout que ses meurtriers fussent innocents ».

 

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