Commentaire : De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise, V – Proudhon et le Mutuellisme, Partie 12

Une théorie de la Science

 

 

 

L’Origine de la Science dans le Travail

 

Se posant en contradiction avec le concept « d’idées innées », Proudhon avance l’idée selon laquelle les « Signes » et la raison sont issus de l’action de « l’homme primitif » sur son environnement. Nécessitant analyse et application, le besoin de préfigurer l’action a mené au développement des Signes (Symboles, caractères d’écriture, mots, chiffres…) et de leur agencement, leur mise en rapport ; la science de leur mise en rapport étant la logique.

Le processus de théorisation et d’expérimentation de la logique par l’action devient alors le laboratoire de la méthode scientifique : « L’homme primitif » décompose l’objet de sa vision, crée des Signes pour représenter ces formes décomposées, les met en série, les catégorise, les met en rapport pour servir une interprétation du monde et la réalisation de lois puis de modèles donnant une certitude, un sens à son action ; la réussite ou l’échec de l’action menant ensuite l’acteur à corriger ou confirmer son hypothèse et sa méthodologie.

« C’est que la puissance qui dirige la main de l’ouvrier est la même qui fait réfléchir le cerveau du philosophe »

De ceci, Proudhon conclut deux choses :

1)Les idées doivent nécessairement retourner à une application, une expérimentation, pour avoir une valeur ;

2)L’homme n’a pas d’autre révélateur que lui-même dans son travail.

Le rejet de l’Absolu

Le rejet du concept d’idées révélées et l’idée selon laquelle seul ce qui peut être observé ou du moins sujet à l’expérience (empirisme) est valide dans un raisonnement, amène Proudhon à critiquer les idées « absolues » (Ce qui existe indépendamment de toute condition ou de tout rapport avec les choses, à l’exemple de l’idée de Dieu), critique qui structure en fait l’ensemble de De la Justice en en faisant le propre de l’idée religieuse.

Déduire tout un système à partir d’une « idée absolue », même si le raisonnement est logique, n’empêche en rien que la conclusion soit erronée puisque les prémisses, échappant à l’empirisme, ne peuvent être discutées. Au lieu de partir d’un Absolu, tel que l’idée de Dieu, il faut s’interroger sur la cause des choses à partir d’une base empirique : observation directe, méthode scientifique.

Proudhon est d’autant plus hostile à l’idée d’Absolu qu’il la considère comme justificatrice de la tyrannie ; l’Absolu donne une vérité totale, à laquelle s’opposer c’est pêcher, se tromper, mentir.

Par ailleurs, cette vérité absolue entrave également le progrès scientifique, en faisant de la censure des opposants et le musèlement de l’opinion une action juste puisque préservant la vérité.

Outre la religion, Proudhon classe dans les idées absolues l’utopisme, ou encore le nationalisme, qui pose la nation comme un principe, une essence immuable.

L’homme libre absolu et la « Raison Collective »

Pour opposer l’Absolu dans les Idées, l’auteur propose d’y opposer un autre absolu : la raison individuelle de l’homme libre absolu, doté de la liberté de penser et de s’exprimer.

L’homme libre absolu, rentrant en contact avec son semblable, crée un rapport d’opinions conflictuelles.

De la contradiction naît une Raison Collective, ensemble des faits sur lesquelles les parties conflictuelles s’accordent. Ce rapport supprime les opinions absolues d’un côté comme de l’autre. La Raison Collective, à l’image de la Force Collective, crée ainsi une richesse, une raison « supérieure » à celle, limitée, de l’individu.

« De même que nous avons vu le concours des forces produire une résultante différente en qualité des forces qui le composent et supérieure à leur somme ;

De même le conflit des opinions engendre une raison différente de qualité et supérieure en puissance à la somme de toutes les raisons particulières qui par leur contradiction la produisent. »

La liberté d’expression permet ainsi le meilleur développement de la Raison Collective, et donc des sciences.

L’organe de la raison collective, c’est-à-dire ce qui la produit, est donc tout groupement d’individus –groupe travailleur, instructeur, compagnie, académie, école, université, assemblée, club, jury….-, à condition qu’il présente une pluralité d’opinions, ainsi qu’une commission spéciale pour policer le débat. La Raison Collective doit rejeter radicalement l’Absolu.

Ce dont Proudhon pose ici les bases, c’est la laïcité du service publique et de l’Etat. Il nomme ce principe la Foi publique : la Révolution est indifférente au culte, la religion n’est pas bannie, mais ne peux en contrepartie s’immiscer dans la Raison Collective.

En conclusion, Proudhon prend donc la défense d’un empirisme, qui n’est néanmoins pas pour autant strictement matérialiste au sens marxiste du terme. Ainsi, Proudhon ne déclare pas que ce qui échappe à l’expérience physique des choses est forcément inexistante, à l’image du libre-arbitre, mais que ce que l’on ne peut observer et ce qui échappe au monde matériel ne peut pas servir de base à un raisonnement, et son existence ne peut-être ni prouvée ni infirmée.

 

< De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise : Le Programme Economique et Social – Proudhon et le Mutuellisme, Partie 11
De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise : Une théorie des lois – Proudhon et le Mutuellisme, Partie 13 >

7 commentaires sur “Commentaire : De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise, V – Proudhon et le Mutuellisme, Partie 12

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s