Commentaire : De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise, IV – Proudhon et le Mutuellisme, Partie 11

Le Programme Economique et Social

Face à la doctrine de « l’Eglise » justifiant l’existence de la propriété et estimant qu’il est dans l’ordre des choses d’avoir des pauvres et des riches, Proudhon oppose son refus de l’idéalisme religieux et sa critique de la propriété, qu’il a affinée depuis la publication de Qu’est ce que la Propriété ?.

La critique de la propriété

Proudhon rappelle sa critique du salariat : l’agglomération des forces de travail générant une Force Collective multipliant le rendement par tête du labeur, le capitaliste s’arroge un droit d’aubaine, confiscation de ce rendement au profit de la constitution d’un Capital privé.

Il est également critique de la dépendance dans laquelle l’employeur place ses salariés.

Pour rétablir la Justice dans l’économie, il faut donc y réaliser la réciprocité.

Le salaire des travailleurs doit être représentatif de la valeur de ce que leur travail produit ; l’aubaine capitaliste, issue d’une absence de travail, doit être supprimée. Pour ce faire, Proudhon recommande l’association et l’autogestion des travailleurs dans des coopératives, et la suppression de la hiérarchie dans l’atelier.

Introduit à la franc maçonnerie, le philosophe conseille d’employer les grades maçonniques (Apprenti, Compagnon, Maître), qui dépendent de l’ancienneté du membre, impliquant ainsi le passage de chaque associé par chacun des grades, par ordre croissant, au cours de sa vie.

La propriété foncière

Tout comme il rejette le droit au capitaliste d’acquérir une aubaine, Proudhon estime qu’il est inimaginable qu’un propriétaire foncier puisse gagner une rente en faisant travailler d’autres personnes sur ses terres. Il dénonce ainsi les grands propriétaires terriens, qui basent leurs gains sur une forme d’aubaine similaire à celle des employeurs de main d’œuvre salariée.

Proudhon n’était pas hostile à la location elle-même de l’immobilier, mais au fait d’en tirer un profit.

Le Commerce

Pour réaliser la Justice dans l’échange, Proudhon estime que les prix doivent être ceux des produits, c’est-à-dire correspondre à leur juste prix, ce qui compte le coût des outils et matériaux, et le coût social du travail. Ne souscrivant pas à la théorie de la valeur-travail (Les prix des produits sur le marché comme étant naturellement représentatifs de la valeur sociale du travail, cf Proudhonisme partie 2 et 3), Proudhon estime que les prix sont artificiellement tirés vers le haut par la multiplication des intermédiaires sur le marché. Tout comme dans son projet de la Banque du Peuple, Proudhon préconise pour réduire le nombre d’intermédiaires de mettre les centres de distribution sous le contrôle direct du secteur de la production.

Proudhon dénonce également la spéculation.

L’Impôt

Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord de la part d’un théoricien socialiste, Proudhon est très hostile à l’impôt, qui est une entrave au commerce et à l’industrie, et frappe en fin de compte plus lourdement les travailleurs que les propriétaires.

L’impôt sur le capital est critiqué sur une même base, puisqu’il ralentit la concentration du capital nécessaire aux investissements.

Proudhon argumente, comme le fera ultérieurement Henry George (Théoricien du géorgisme) avec son impôt unique, en faveur de l’idée selon laquelle le seul impôt juste et efficient est l’impôt sur les revenus immobiliers : il ne cause pas d’inefficacités économiques, réduit les inégalités et la spéculation foncière.

Comme l’indique Jean-Pierre Potier dans son article sur le socialisme de Léon Walras, qui proposait également de fonder les revenus de l’état uniquement sur les revenus fonciers par la nationalisation des terres, ces théories de l’impôt unique ont néanmoins été mises à mal par le déclin du prix des terres agricoles à partir de la grande dépression (1873-1895).

Quoi qu’il en soit Proudhon estimait que cet impôt pouvait alors être lié à sa critique de la rente : l’impôt prélevé pouvait être réattribué au locataire en priorité (de l’ordre de 25 à 50% de la rente), puis à la société.

Cette proposition d’impôt rappelle le projet de loi qu’il avait défendu en Juillet 1848 à l’assemblée nationale. En 1861, dans sa Théorie de l’Impôt, Proudhon revient néanmoins sur cette position, en rejetant l’impôt unique et en considérant l’imposition de la propriété foncière commelargement insuffisant.

La sécurité sociale

Hostile à une couverture étatique, homogène et centralisée de la protection sociale, imposant un devoir d’assistance, Proudhon prend le parti de la libre constitution d’assurances mutuelles, cogérées par leurs adhérents.

« Que tout le monde soit à l’Académie »

Proudhon imagine la création d’académies agissant comme corps représentatifs des forces collectives des provinces. Dans chaque département serait ainsi créé une académie par branche de travail, à laquelle tous feraient partie selon leur occupation. Ces académies feraient des compte-rendus annuels, avec des prix, un bilan des travaux…

L’éducation et l’enseignement professionnel

Appelant à réunir l’enseignement avec le monde du travail, Proudhon imagine la création d’un enseignement polytechnique pour tous.

Rejetant l’éducation religieuse et l’emploi des châtiments corporels, le philosophe voit dans l’enseignement deux objectifs : former le citoyen, et former le travailleur, ceci pour affranchir l’homme.

En effet, Proudhon pense qu’il est nécessaire, pour pouvoir mener l’affranchissement de la classe travailleuse, de mettre en place une éducation qui permettrait aux ouvriers, pour reprendre le langage marxiste, de se réapproprier leur travail qui leur avait été aliéné par la division du travail et l’entretien de leur ignorance de leur place dans le procès de production ; « donner au travailleur la plénitude de la liberté » en créant les conditions du développement de sa créativité, en limitant la division du procès de production et en lui permettant d’élever ses facultés et connaissances par un nouvel enseignement adapté.

Proudhon, qui distingue le travail des champs et la petite industrie (qui ont une faible division du travail) avec la grande industrie (très divisée), note que le caractère spécialisé de cette dernière peut-être mit à profit dans le cadre de cet enseignement polytechnique.

Il propose ainsi un système dans lequel les apprentis travaillent dans les ateliers spécialisés, qui servent dans un même temps d’ateliers d’apprentissage d’une des facettes du circuit de production. Une fois cette facette apprise, il est invité à étudier une autre partie de la chaîne de production , voire de passer par d’autres types d’industries avant de se fixer.

En échange de son éducation, l’apprenti reste un salarié. Ça n’est qu’une fois devenu compagnon qu’il peut participer aux décisions et aux bénéfices.

Proudhon souhaite ainsi que cet apprentissage permette de résoudre la division du travail en donnant aux ouvriers la capacité de circuler le long de la chaîne de production, et, en leur donnant une meilleure appréhension de ladite chaîne, leur permettre une réappropriation nécessaire à la mise en place d’un système autogéré.

< De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise : l’Etat ou l’Anarchie – Proudhon et le Mutuellisme, Partie 10
De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise : Une théorie de la Science – Proudhon et le Mutuellisme, Partie 12 >

3 commentaires sur “Commentaire : De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise, IV – Proudhon et le Mutuellisme, Partie 11

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s