La Révolution, les Anarchistes et la Guerre Civile Espagnole (1931-1939) ; Partie 1

Partie 1 : Le contexte historique général

Affiche antifasciste de la CNT-FAI

Partie 2 :L’anarchisme espagnol avant la révolution
Partie 3 :La révolution de 1931
Partie 4 :Le coup d’état et la révolution sociale
Partie 5 :La guerre civile et la contre-révolution

Manifestation Anarcho-syndicaliste à Barcelone

Ayant eu lieu en 1936, la révolution sociale espagnole est restée aux yeux de nombreux anarchistes comme l’une des expériences libertaires les plus importantes. La révolution sociale, menée en réponse au coup d’état militaire des 17 et 18 Juillet 1936, sera le coup d’envoi de la guerre civile espagnole qui durera jusqu’au 1er Avril 1939.

Alors même qu’il s’agit de la mise en pratique des principes révolutionnaires anarchistes la plus connue et la mieux documentée, le rôle joué par les anarchistes y est aussi très critiquable.

À la fois modèle et exemple des choses à ne pas faire, le rôle des anarchistes dans l’Espagne révolutionnaire de 1936 mérite amplement d’être examiné.

Cette analyse sera séparée en cinq articles.

I/Contexte général en Espagne ; les raisons d’une révolution

Alphonse XIII, roi d’Espagne de 1886 à 1931

La crise de la monarchie espagnole

Rétablie depuis l’écrasement de la rébellion cantonale de 1873-1874 et la fin de la première république, la monarchie espagnole est, au début du XXème siècle, très affaiblie. L’Espagne connaît de nombreuses révoltes à caractère social, souvent teintées d’un puissant anticléricalisme.

Manifestation lors de la semaine tragique

L’une des plus importantes de ces révoltes au début du siècle est la « semaine tragique » de Barcelone, ayant eu lieu du 26 Juillet au 2 Août 1909. À l’origine une protestation menée par l’organisation « Solidaridad Obriera » contre un décret de mobilisation décidé par le gouvernement, alors impliqué dans la guerre de Mélilla au Maroc, le mouvement dégénère en émeute. Des barricades sont érigées, des affrontements avec l’armée ont lieu. Une centaine de protestataires trouvent la mort. Le pédagogue anarchiste Francisco Ferrer, bien que n’ayant pas participé au mouvement, est victime de la répression. Son exécution est à l’origine de manifestations importantes en Espagne et dans le monde (plus d’une dizaine de milliers de manifestants à Paris, grève générale en Argentine…). Face au mécontentement, le gouvernement espagnol démissionne une semaine plus tard.

Le roi Alphonse XIII est à plusieurs reprises ciblé par des tentatives d’attentats, notamment anarchistes. Ses ministres sont également pris pour cibles. En réponse à l’agitation sociale, le patronat espagnol s’appuie sur le pistolérisme : l’emploi d’hommes de mains qui sont chargés de terroriser les militants syndicalistes et « liquider les meneurs ».

L’Espagne à cette époque est confrontée à la perte de ses colonies. Après la guerre de Mélilla, le royaume se retrouve à nouveau plongé dans une guerre coloniale au Maroc : c’est la guerre du Rif, qui débute en 1921. Très peu de temps après le soulèvement des rifains, l’armée espagnole, chargée de mater la révolte, subit une défaite cuisante à Annoual. Le « Désastre d’Annoual » renforce le mécontentement de la population à l’égard non seulement de la politique coloniale mais également du gouvernement en général.
C’est dans ce contexte de crise sociale que le général Miguel Primo de Rivera entreprend un coup d’état, dans une tentative de rétablir l’ordre dans une péninsule ibérique grevée par les mouvements contestataires.

Le coup d’état et la dictature de Rivera

Miguel Primo de Rivera (1870-1930)

C’est le 13 Septembre 1923 que se produit à Barcelone le pronunciamento de Miguel Primo de Rivera. Il publie un manifeste dans lequel il déclare la dissolution des cortès (Les assemblées représentatives du peuple espagnol) et du gouvernement. Isolé (peu de garnisons hormis celles de Catalogne soutiennent le coup d’état), seule l’hésitation gouvernementale et le soutien d’Alphonse XIII lui permettent d’obtenir le pouvoir.

Alphonse XIII avec a sa droite Miguel Primo de Rivera

Rivera est nommé par le roi pour remplacer le gouvernement. Le régime parlementaire est dissout tandis qu’un directoire est lis sur pied. Seuls les syndicats ouvriers protestent contre cette prise du pouvoir.

Durant son directoire, Rivera va appliquer une politique populiste, imitant Mussolini, au pouvoir en Italie depuis 1922. Un système à parti unique est installé, le parti au pouvoir se nommant l’ « Union Patriotique ». Des groupes paramilitaires du nom de « Somaten » sont mis sur pied pour servir de milices urbaines.

Le régime met en place, pour la résolution des conflits ouvriers-patrons, des commissions mixtes d’arbitrage. Tandis que les socialistes acceptent de collaborer à la dictature pour y participer, les anarchistes s’y opposent. Le syndicat anarchiste principal de cette époque, la CNT, est dissout par conséquent. Le parti communiste espagnol est également réprimé.
L’opposition au régime se radicalise par réaction.

Manquant de soutien au sein de la population, le régime de Rivera est isolé. Alphonse XIII finit par démettre Primo de Rivera du gouvernement en 1930, craignant que son autoritarisme ne fasse que renforcer la radicalisation des opposants politiques du régime. Pour remplacer le dictateur est nommé au gouvernement le général Dámaso Bérenguer, qui est chargé d’initier le retour vers un régime parlementaire. C’est le début de ce que ce qui va être surnommé la « Dictablanda » (La « Dictamolle »), qui dure jusqu’en 1931.

Dámaso Bérenguer (1873-1953)

La « Réforme Impossible » : les causes économiques profondes de la révolution espagnole

Les contradictions internes à l’économie espagnole sont sans doute la première cause de la chute de la monarchie au début des années 30.
Du fait d’une économie majoritairement agraire, la « question de la terre » en Espagne revêt un enjeu particulièrement important pour le développement de l’économie.
Comme le note Félix Morrowl, le capitalisme espagnol ne pouvait entrevoir de développement qu’avec l’extension de ses marchés de produits manufacturés, mais cela lui était impossible. Le marché extérieur était ne pouvait être conquis car les puissances capitalistes y étaient déjà dominantes. Le marché intérieur était la seule option mais cela nécessitait alors l’émergence d’une classe paysanne prospère, pourvue de terre, qui était alors capable de consommer les produits manufacturés.
Cela imposait dès lors une division des terres ; mais le capitaliste urbain était souvent également propriétaire foncier à la campagne. Il se retrouvait donc incapable de céder ses terres par peur de perdre son profit. Le capitalisme espagnol se retrouvait dans un état de stagnation et ne pouvait se maintenir qu’avec la répression des organisations menaçant ses profits, comme les syndicats, par le biais du pistolérisme par exemple.
Le crise financière de 1929 frappe donc très durement une Espagne à la fiscalité déficitaire, manquant de compétitivité à l’extérieur et sans possibilité de développement.
Cette situation fut la cause profonde du renversement du régime en 1931 puis de la révolution sociale de 1936.

Partie 2 : L’anarchisme espagnol avant la révolution

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