La pensée mutualiste : les fondements de l’anarchisme

Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865)

Ouvrages principaux :
« Qu’est ce que la propriété ? » (Proudhon)
« Le système des contradictions économiques » (Proudhon)
« Du principe fédératif » (Proudhon)

« L’égalité des personnes est la première condition du nivellement des fortunes, laquelle ne résultera que de la mutualité ; c’est-à-dire la liberté même » (Proudhon)

La pensée mutualiste naît en 1841 avec la publication de « Qu’est ce que la propriété » de PJ Proudhon, et pose les bases de la critique économique et sociale de l’anarchisme.

Pierre-Joseph Proudhon interroge donc dans son premier ouvrage la question de la propriété. De quoi s’agit-il ? Le constat est sans appel à ses yeux : la propriété privée permet l’exploitation des travailleurs par les propriétaires et perpétue l’inégalité économique, puis politique et sociale, des individus.

Qu’est ce que la propriété, donc ? « La propriété, c’est le vol ».

Le droit d’Aubaîne

Pour Proudhon, le mode de production capitaliste (salarial : un ou des propriétaires, employant des travailleurs) extorque aux travailleurs une partie du produit de leur travail. « La propriété privée des moyens de production (machines, usines… ndlr) autorise le capitaliste à rémunérer le travailleur sur la seule base individuelle de ce qu’il avait produit s’il avait été placé hors de la force collective de production ; le propriétaire empoche la différence ; ce surplus est le profit capitaliste, que Proudhon appelle « Aubaine ». ».

Ainsi, le travail à plusieurs , en commun (Avec une division du travail) est plus productif que si il était effectué par différent acteurs séparés et sans coordination.
Néanmoins la richesse supplémentaire produite grâce à l’amélioration de la production (par le travail collectif divisé et l’emploi de machines) est empochée par le capitaliste.
Cette notion sera reprise par Karl Marx, sous le nom d’ « Aliénation », et l’ « Aubaine » sera renommée par lui « plus-value ».

Par ailleurs, c’est en lisant Proudhon que Karl Marx adoptera l’abolition de la propriété privée comme projet politique ; avec des divergences néanmoins.

Proudhon note aussi : « La force collective étant irréductible à la somme des forces individuelles dans la production », toute formation de richesse devrait servir au bénéfice de tout les producteurs, du fait de la nature intrinsèquement collective de la production.

Proudhon caricaturé en démolisseur de maisons. Sa pensée sera largement caricaturée et moquée sous la seconde république, dominée par la bourgeoisie montante.

Proudhon admet néanmoins que supprimer définitivement et totalement toute forme de propriété serait une tyrannie, car la propriété c’est aussi la liberté.
Il propose donc une alternative : La possession.

La possession contre la propriété : « Qui fait la soupe doit la boire »

Le principe de possession considère qu’un individu ou un groupe ne possède une marchandise, un bâtiment ou un moyen de production qu’à condition d’en avoir besoin, de l’occuper ou de l’utiliser.

Par exemple, vous pouvez posséder une maison. Par contre, posséder 5 maisons est impossible : vous n’en avez pas besoin, vous ne pouvez pas toutes les occuper ou les utiliser en même temps.

Le principe de possession limite la propriété au bon sens : accumuler des richesses inutilement est impensable, c’est un gâchis qui se fait aux dépends de ceux qui n’ont rien.

Au niveau des entreprises, celles-ci sont détenues collectivement et organisée démocratiquement par les travailleurs qui s’associent : c’est l’autogestion. Les travailleurs bénéficient immédiatement et en commun du produit de leur travail, et répartissent selon leur volonté leurs revenus. Il n’y a pas de patron au sens usuel du terme.

Les travailleurs votent en assemblées pour décider de la marche de l’entreprise ; c’est le modèle de la coopérative de production ouvrière (tel qu’il existe actuellement).
Les travailleurs associés peuvent librement vendre le produit de leur travail sur un « marché socialisé ».

Le marché socialisé contre la concurrence sauvage

Si Proudhon estime que la concurrence est utile au développement de l’industrie, il estime qu’elle est abusive sur le marché capitaliste qui met en concurrence des pays entiers, jette des gens au chômage et détruits les industries malchanceuses.
À l’origine issue de la liberté dans le travail et la production, elle devient destructrice de cette liberté en obligeant l’ensemble de la société à jeter ses forces dans cette compétition sous peine de faillite.
Il s’agit dès lors de trouver un équilibre. Abandonnée à elle-même, la concurrence est destructrice.
Il estime qu’« Elle a besoin d’un principe supérieur qui la socialise et la définisse »

Dès lors, certaines pratiques sur le marché socialisé sont impossibles : l’usure, l’actionnariat, la spéculation, qui rapportent de l’argent sans travail réel, ne sont pas possibles (Par le biais de l’utilisation de bons de travail par exemple), d’autant plus que ces pratiques génèrent bien souvent plus de mal que de bien (Bulles financières, etc…).

La critique de l’État

Proudhon considère que la théorie selon laquelle l’impôt et l’administration est supposée soutenir le bien-être général et protéger le « faible contre le puissant » est fausse en pratique.

Il note dans le Système des contradictions économiques que dans les faits l’impôt accable principalement les classes les plus pauvres, il accable le paupérisme, la misère, et de cela découle un accroissement de la criminalité. L’impôt finance la justice qui frappera les conséquences de la misère.
L’État devient oppresseur, protecteur de la propriété privée et de l’intérêt des classes dominantes qui prennent le devant sur la scène publique.

Il faut donc dès lors abolir l’État en lui soustrayant le pouvoir qu’il aliène à la société.

« Il faut trouver une combinaison agricole et industrielle au moyen de laquelle le pouvoir, aujourd’hui dominateur de la société, en devienne l’esclave » ; « établir une loi de l’échange, une théorie de mutualité, un système de garanties » pour prévenir les crises, faire de la concurrence quelque chose de bénéfique. Les solutions sont alors la confédération agro-industrielle et le crédit mutuel.

La Confédération Agro-Industrielle et le Fédéralisme

Pour combattre l’autoritarisme économique et politique, Proudhon défend l’idée d’une gestion fédérale et démocratique de ces systèmes.
Il a une conception « Intégrale » du fédéralisme, il voit dans la commune l’élément le plus important de la démocratie et prend la défense des cultures régionales contre celle, plastique, construite par l’État-Nation. Il critiquera ainsi la nationalisme Italien de son époque.

Ce fédéralisme se reproduit dans le domaine économique.

La confédération agro-industrielle de Proudhon est un modèle d’organisation des entreprises centré sur l’autogestion et le fédéralisme.

Dans cette structure, l’unité de base à la ville est l’usine ou l’entreprise coopérative ; celle à la campagne est la commune rurale, ayant pour tâche de « distribuer la terre à ceux qui la cultivent ».
Le lien fédéral à l’échelle régionale permet la solidarité entre les travailleurs tout en conservant leur autonomie.

S’opposant au planisme centraliste, qu’il considère comme inefficace, Proudhon argue que la confédération permettrait de faciliter la mise en relation, la coopération et l’entraide des entreprises au profit du bien général ; permettant la réalisation de « plans décentralisés démocratiques » fondés sur la libre coopération des associations de producteurs et répondant à leurs besoins réels.

Outre cela, Proudhon préconisait la mise en place de « sociétés mutualistes », de « banques du peuple » : tels que des « sociétés de crédit mutuel » supposées fournir des crédits dont le taux d’intérêt se limiterait aux frais administratifs (sans recherche de profits), ou encore passer par la généralisation des assurances mutuelles. Pour Proudhon, établir de tels sociétés était le premier pas vers l’émancipation du salariat et la fin de la proprieté.

Le « réformisme » de Proudhon

Proudhon s’opposera toujours aux révolutions violentes, qu’il considère comme menant toujours à des épisodes sanglants comme ceux de la terreur de Robespierre, puis à la réaction. Il n’était pour autant pas confiant dans les systèmes démocratiques représentatifs.
Le 4 Juin 1848, sous la deuxième république, Proudhon sera élu député, mais sera bien vite arrêté de fait de ses thèses radicales.

« Ou la propriété emportera la République, ou la République emportera la propriété » – Proudhon à l’Assemblée.

Le 28 Mars 1949 il sera condamné à trois ans de prison pour « incitation à la haine du gouvernement, provocation à la guerre civile et attaque à la Constitution et à la propriété ».
Il renforce à la suite de cette expérience sa critique du suffrage universel et de la démocratie bourgeoise. Il sera aussi critique des constitutions.
Le changement de la société ne peut donc à ses yeux passer que par l’instauration du crédit mutuel et des coopératives ouvrières de production, rendant aux travailleurs leur pouvoir économique ; préparant ainsi l’obsolescence de la propriété privée.

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