Qu’est ce que l’Anarchisme ?

Le terme « anarchisme » est couramment associé à l’idée de chaos, d’anomie (« Absence de loi, de structure, d’ordre »). L’emploi du terme dans son sens péjoratif remonte à l’Antiquité, où il signifiait désordre, désobéissance.

Platon voyait dans l’anarchie une forme corrompue de la démocratie, où la démagogie et l’absence de régulation permettaient au plus fort de prendre l’ascendant sur les plus faibles.

C’est à partir de la Révolution française que le terme entre, sous son sens péjoratif, dans le langage courant.

L’anarchisme gagne néanmoins à partir de 1840 une autre définition. C’est en effet cette année là que le théoricien socialiste et « père de l’anarchie » Pierre-Joseph Proudhon publie « Qu’est ce que la Propriété ?« , ouvrage dans lequel il fait une critique économique du système capitaliste, avant de développer la notion d’anarchisme sous un aspect positif.

« Quoique très ami de l’ordre, je suis anarchiste » – P.J. Proudhon

Il s’emploie dès lors à définir l’anarchisme non pas comme un désordre de la société mais une théorie politique viable.

Sous sa plume, l’anarchisme politique devient « l’ordre sans l’autorité », c’est à dire l’organisation naturelle et démocratique de la société par le bas, sans passer par des organes autoritaires imposant leur pouvoir et leur vision du monde.

Pour Proudhon et les anarchistes après lui, le désordre émerge toujours au sein d’une société du fait des inégalités et des actions autoritaires du pouvoir ; et que l’égalité politique et économique réelle permet seule d’obtenir la paix sociale. Ainsi, « L’anarchie c’est l’ordre, et le gouvernement c’est la guerre civile ». L’égalité politique et économique devient dès lors le ferment de la liberté : Sans oppositions internes à la société, ni pouvoir imposant arbitrairement ses décisions, les individus gagnent en liberté.

Il est de fait impensable pour un anarchiste de concevoir l’egalité sans la liberté, et la liberté sans l’égalité : Le premier serait impossible car en imposant une autorité liberticide, on crée forcément un pouvoir qui hiérarchise la société et détruit l’égalité ; le second est dangereux car la liberté sans l’egalité devient la liberté pour les plus forts et les plus riches d’exploiter le reste de la société.

L’anarchisme politique ne veut donc pas le désordre, mais une société organisée horizontalement.

Établir une véritable égalité et donc liberté implique dès lors le refus de tous les systèmes basés sur l’exploitation de l’homme par l’homme, soit la necessité de présenter deux negations : la négation du capitalisme et la négation de l’État.

La négation du capitalisme

La négation du capitalisme consiste chez les anarchistes en l’opposition à la « propriété privée » (comme droit d’user et d’abuser indéfiniment d’un bien) ; soit plus exactement l’opposition à la propriété capitaliste (La propriété d’une entreprise, par exemple) et de l’exploitation salariale qui en découle.

Proudhon déjà notait que le salariat était un vol fait aux travailleurs : le produit du travail était généralement acquis par le ou les propriétaires en échange d’un salaire d’une valeur inférieure à la richesse créée par le salarié. C’est le principe du « droit d’aubaine ». En outre, le statut économiquement privilégié du propriétaire lui permet d’asseoir un rapport de force favorable vis-à-vis du reste de la société.

Au capitalisme, à la propriété privée et au salariat, les anarchistes opposent : le remplacement de la propriété privée par le principe de possession (On n’est possesseur que de ce dont on a besoin, de ce dont on fait l’occupation, ou de ce dont on a fait l’acquisition par le travail), la possession commune des entreprises par les travailleurs sous forme de coopérative, l’autogestion des lieux de travail, la libre disposition par les travailleurs du produit de leur travail, la libre association et fédération des producteurs entre eux…

Ce programme s’oppose de fait à celui des communistes autoritaires, tels que les marxistes-léninistes, qui veulent remplacer la propriété privée par la propriété d’État et remplacer le patronnat par la bureaucratie administrative.

La raison de cette différence réside dans la seconde négation de l’anarchisme.

La négation de l’État

La négation de l’État est souvent la partie la moins comprise du programme anarchiste, car elle génère souvent la confusion entre les deux définitions possibles de l’État : l’une designant l’État comme un organisme autoritaire, opaque et centralisateur surplombant la société ; l’autre faisant simplement de l’État le synonyme de « société ».

C’est ce que note ainsi l’anarchiste russe Voline dans La Révolution Inconnue :

Etat signifie un organisme politique figé,  » mécaniquement  » centralisé ou dirigé par un Gouvernement politique
s’appuyant sur un ensemble de lois et d’institutions coercitives .

Certains auteurs et contradicteurs bourgeois, socialistes et communistes, prenant le terme  » Etat  » dans un autre sens, vaste et général, déclarent que tout ensemble social organisé, de grande envergure, représente un  » Etat « . Et ils en déduisent que toute Société nouvelle, quelle qu’elle soit, sera  » forcément  » un  » Etat « . D’après eux, nous discutons vainement sur un mot.

D’après nous, ils jouent ainsi sur les mots. A une notion concrète, généralement admise et historiquement donnée,
ils en substituent une autre, et ils combattent, au nom de celle-ci, l’idée anti-étatiste (libertaire, anarchiste). De plus,
ils confondent ainsi – inconsciemment ou volontairement – deux notions essentiellement différentes : Etat et Société.
Il va de soi que la société future – la vraie – sera une  » société « . Que les  » sociétaires  » d’alors l’appellent  » Etat  » ou différemment, est secondaire. Il ne s’agit pas du mot, mais de l’essence . (Il est à supposer qu’ils abandonneront
un terme qui désigne une forme de société déterminée et périmée. De toute façon, si la société future – la bonne – est appelée  » Etat « , ce sera donc en lui donnant un sens tout autre que celui qui est controversé.) Ce qui importe – et ce que les anarchistes affirment – c’est que cette société future sera incompatible avec ce qu’on appelle  » Etat  » présentement.

[…]

Il existe donc, non pas un, mais deux anti-étatismes essentiellement différents : l’un, déraisonnable et, partant, faci-
lement attaquable, prétendument basé sur le  » libre caprice des individus  » (qui donc a prêché une pareille absurdité ? Ne serait-ce pas là une pure invention, lancée pour les besoins de la cause ?), l’autre apolitique, mais basé raisonnablement sur quelque chose de parfaitement organisé : sur des rapports de coopération entre diverses associations. C’est
au nom de ce dernier anti-étatisme que l’anarchisme combat l’Etat.

Les anarchistes dénoncent donc l’État et à sa suite tout système de hiérarchisation des individus ; car la hiérarchie échoue toujours à son objectif d’organiser efficacement la société et d’y maintenir l’ordre.

Non seulement ceux qui ont le pouvoir seront toujours tentés d’en abuser (« Le pouvoir corrompt »), mais aussi toute action autoritaire générant une opposition (Ses « contradictions ») à sa base, la paix civile devient impossible. Le principe autoritaire est un cercle de violences et d’attaques liberticides.

Aussi, l’intérêt de l’État est bien souvent surtout l’intérêt des classes dominantes de la société, celles qui ont le pouvoir économique et le pouvoir politique. L’action de l’État, si elle se fait sans opposition, tombera invariablement en un soutien des classes favorisées contre le reste de la population.

À l’État, les anarchistes opposent donc toutes les structures et principes qui puissent limiter l’émergence d’organes autoritaires : Une démocratie directe et/ou assembléiste, le système délégataire, le fédéralisme libertaire, le municipalisme, l’horizontalité et l’égalité politique réelle -permise par l’égalité économique réelle-. Et là encore, la libre association et fédération des individus.

En résumé

il ne s’agit donc pas de créer une société dans laquelle il n’existerait plus aucune loi, ni norme, ni structure, et en conclusion tout simplement plus aucune « société ».

« L’État » anarchiste serait alors une société basée sur des rapports libres entre toutes sortes de coopératives, de fédérations, d’associations ; organisée depuis la périphérie vers le centre, qui servirait uniquement de coordinateur. Le « pouvoir » doit être soumis à la société et non l’inverse.

Cela n’exclut en rien l’intervention de « cadres », d’intellectuels, d’experts, d’animateurs, d’organisateurs… mais leur rôle ne serait pas d’exercer un pouvoir, mais de remplir les tâches nécessaires au bon fonctionnement de la société, de fournir des avis, des expertises, des conseils, des pistes ; sans réprimer la libre initiative des « sociétaires » ni retirer un statut privilégié de leur fonction.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s